Traite de personnes et proxénétisme à Drummondville : deux des sept coaccusés reçoivent leur verdict

Traite de personnes et proxénétisme à Drummondville : deux des sept coaccusés reçoivent leur verdict
L’honorable juge Paul Dunnigan a rendu sa décision dans le dossier impliquant les deux derniers coaccusés @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le verdict est maintenant connu pour l’ensemble des sept coaccusés impliqués dans une affaire de traite de personnes à Drummondville. Benjamin Chavannes et Gérald Junior Charles, les deux derniers accusés dont le sort restait à déterminer, ont finalement reçu leur verdict au palais de justice de Drummondville. Ces décisions mettent un point final à un important procès tenu dans cette même ville, lié à une affaire de traite de personnes et d’exploitation sexuelle.

L’honorable juge Paul Dunnigan, qui présidait les procédures, a rendu sa décision comme prévu, après avoir pris en délibéré le sort des deux derniers coaccusés liés à un réseau structuré d’exploitation sexuelle. Ce procès figure parmi les plus importants en matière de traite de personnes à Drummondville et dans la région du Centre-du-Québec. L’enquête, menée par les enquêteurs de la Sûreté du Québec et pilotée par le procureur de la Couronne Jean-Philippe Garneau, a permis de démontrer que ce groupe formait la « pointe de l’iceberg » d’un réseau actif dans la région.

Comme l’a rapporté le Vingt55 tout au long des procédures judiciaires et du procès, l’affaire découle d’une enquête majeure amorcée à la suite de la disparition d’une adolescente en fugue d’un centre jeunesse de Drummondville, entre le 8 et le 16 mars 2022. Selon la preuve présentée en cour, l’adolescente aurait été exploitée par un réseau structuré opérant à partir de Drummondville, de Notre-Dame-du-Bon-Conseil et s’étendant jusqu’au Nouveau-Brunswick.

Retirée de ses contacts, privée de téléphone et de papiers d’identité, la jeune fille a été hébergée dans une résidence à Notre-Dame-du-Bon-Conseil avant d’être déplacée dans un logement Airbnb au Nouveau-Brunswick, où elle a été exploitée, souvent privée de nourriture, mais approvisionnée en alcool et cannabis. La barrière linguistique et l’isolement ont accentué sa vulnérabilité. Elle a par la suite été transférée dans un motel, où les revenus de son exploitation étaient collectés par ses proxénètes.

Une première intervention policière dans cette province n’a pas permis de libérer la victime. Un agent l’ayant vue en compagnie de deux accusés dans un motel connu pour des activités de prostitution a tenté de l’interroger, mais l’adolescente, craignant des représailles, n’a pas dénoncé sa situation. Les accusés avaient alors été relâchés. Ce n’est qu’à Joliette qu’elle a finalement été localisée, toujours en compagnie de coaccusés, dans un autre motel.

Une affaire aux multiples ramifications, comme l’a rappelé le procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Garneau, lors du procès auquel a assisté le Vingt55.

Le dossier implique sept individus, Kimberly Champagne et Célestin Garrentz, de Notre-Dame-du-Bon-Conseil ; Jimson Pierre, de Repentigny ; Sébastien Thibault, de Sorel-Tracy ; Vicky Bélanger, de Sainte-Thérèse ; ainsi que les deux derniers coaccusés, Benjamin Chavannes et Gérald Junior Charles, de Laval.

Les coaccusés font face à diverses accusations, notamment de traite de personnes, de proxénétisme, de prostitution et, dans certains cas, de fraude. Certains ont été arrêtés lors d’une intervention policière à Joliette, tandis que d’autres ont été appréhendés en vertu de mandats émis subséquemment.

Procès à haute surveillance et témoignage marquant de la victime

Un procès de cinq jours s’est tenu en novembre 2024 sous haute sécurité au palais de justice de Drummondville, en présence d’un nombre important de constables spéciaux, compte tenu du nombre d’accusés et des risques de débordements.

La jeune victime a livré un témoignage bouleversant, décrivant la peur, l’isolement, la violence et le contrôle exercé sur elle. Elle a raconté avoir cru qu’elle ne reverrait jamais sa liberté, au moment où ses exploiteurs parlaient de la déplacer vers une autre région.

Des photos de la jeune fille blessée ont été retrouvées sur des sites de rencontres, révélant les sévices subis. Les éléments de preuve présentés par la Couronne incluent également des communications interceptées, des témoins et des documents montrant l’implication active des différents accusés.

Plaidoiries, peines prononcées et verdicts rendus pour Benjamin Chavannes et Gérald Junior Charles

Comme le rappelait le Vingt55 lors du procès, Sébastien Thibault a été condamné en mars 2025 à huit mois d’emprisonnement, dont 46 jours de détention préventive ont été soustraits, et à trois ans de probation. Il a admis avoir transporté la jeune fille, tout en affirmant qu’il ignorait la nature réelle des activités, croyant s’impliquer dans un réseau de fraude plutôt que dans un réseau de prostitution.

Célestin Garrentz a écopé de 7 mois de détention avec probation, après avoir plaidé coupable, Vicky Bélanger, arrêtée après l’émission d’un mandat, a été condamnée à 5 mois de détention. La drummondvilloise Kimberly Champagne a reconnu sa culpabilité à un chef réduit de tentative de proxénétisme et doit revenir en cour, Jimson Pierre a lui aussi plaidé coupable et attend sa prochaine comparution.

Le procureur de la Couronne, Jean-Philippe Garneau, a déposé et géré l’ensemble du dossier, ainsi que la mise en accusation, mettant en lumière le réseau de trafic de personnes qui opérait depuis Drummondville. @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

L’honorable juge Paul Dunnigan a rendu sa décision dans le dossier impliquant les deux derniers coaccusés.

En effet, bien qu’il ait affirmé croire la victime, le magistrat a acquitté Benjamin Chavannes en raison d’une contradiction majeure entre le témoignage de la plaignante et celui d’un policier.

Lors du prononcé du verdict, le juge a expliqué que, selon la victime, Chavannes aurait été présent avec deux autres individus à la sortie d’un motel. Or, selon un agent de police ayant intercepté le véhicule à ce moment-là, seules se trouvaient à bord la victime, Gérald Junior Charles et un suspect non identifié. Chavannes n’était donc pas sur place. Le juge a reconnu que ce dernier avait bel et bien interagi avec la victime au Nouveau-Brunswick, mais a conclu qu’un doute raisonnable subsistait quant à son implication directe dans les événements survenus à Drummondville.

Gérald Junior Charles a quant à lui été reconnu coupable de traite de personnes et de proxénétisme, a statué le juge Dunnigan. Les représentations sur la peine sont prévues pour le 19 août prochain.

Rencontré au palais de justice, le procureur de la Couronne, Me Garneau, s’est dit satisfait des décisions rendues, soulignant la rigueur de l’analyse du dossier par le tribunal. Il a rappelé l’importance de dénoncer le fléau de l’exploitation sexuelle juvénile, notamment à Drummondville et dans le Centre-du-Québec, tout en saluant le courage de la jeune victime, qui a réussi à échapper aux mailles d’un réseau structuré.

Benjamin Chavannes a été acquitté des accusations portées contre lui @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

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Éric Beaupré
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