DRUMMONDVILLE
C’est au terme d’un procès de trois jours auquel a assisté le Vingt55 que le maire de Drummondville et président de Drummond Économique, Jean-François Houle, a choisi de tenir un point de presse afin de présenter la version de la Ville dans ce dossier, appuyé sur le lutrin municipal où il est inscrit en toutes lettres « Drummondville, Capitale du développement ».
Le maire a pris la parole ce matin à l’hôtel de ville, un point de presse et intervention qui survient alors que les procès opposant la famille Montcalm, propriétaire de N&N Remorques, ont été largement exposées devant le tribunal au cours des audiences. Le maire a indiqué vouloir apporter certaines précisions et faire connaître la position de la Ville relativement à ce litige qui l’oppose à l’entreprise.
Le Vingt55 rappelle que les dirigeants de N&N Remorques affirment poursuivre leurs démarches afin de préserver l’avenir de leur entreprise et de mener à terme leur projet de développement évalué à plus de 20 millions de dollars. Ils estiment que les décisions et les contraintes imposées par la Ville compromettent la réalisation de ce projet ainsi que la croissance de l’entreprise familiale.
La point de presse et période de questions, annoncé avec environ 90 minutes de préavis aux médias, s’est tenue en présence de représentants du Vingt55, du journal L’Express et de MonDrummond. Selon le responsable des communications de la Ville, les autres médias invités auraient décliné l’invitation faute de ressources disponibles pour couvrir l’événement.
D’entrée de jeu, Jean-François Houle a tenu à préciser que son intervention devait être interprétée à la fois sous son rôle de maire de Drummondville et de président du conseil d’administration de Drummond économique. « Je ne peux pas me séparer en deux. Je suis la même personne », a-t-il affirmé.
Le maire a également rappelé que le jugement n’a toujours pas été rendu et que plusieurs aspects du dossier demeurent devant les tribunaux, notamment dans le cadre des procédures d’expropriation qui doivent encore être entendues devant le Tribunal administratif du Québec.
Une chronologie pour replacer le débat affirme le maire de Drummondville dans son discours
En effet, selon M. Houle, l’un des principaux objectifs du point de presse était de démontrer que le projet de développement industriel du secteur concerné ne constitue pas une initiative récente apparue en 2025 au moment des avis d’expropriation.
Le maire a soutenu que les démarches remontent plutôt à 2020 et qu’elles se sont poursuivies sous trois administrations municipales distinctes, soit celles d’Alain Carrier, de Stéphanie Lacoste et la sienne.
Il a rappelé qu’en mai 2020, une étude mandatée par la Ville identifiait déjà le secteur comme l’emplacement privilégié pour l’expansion industrielle de Drummondville. Quelques mois plus tard, le conseil municipal adoptait la vision de développement du futur parc industriel.
Jean-François Houle a d’ailleurs insisté sur le fait que le projet de parc industriel ne peut être associé à une seule administration municipale. Selon lui, les premières démarches remontent à l’époque où Alain Carrier occupait la mairie de Drummondville. Il a rappelé que les études initiales, l’identification du secteur comme emplacement privilégié ainsi que les premières orientations stratégiques ont été entreprises sous cette administration avant d’être poursuivies par celle de Stéphanie Lacoste puis par son propre conseil.
Le maire a pris soin de préciser qu’il ne cherchait pas à se dissocier des décisions prises par ses prédécesseurs, mais plutôt à démontrer que le projet s’inscrit dans une vision de développement élaborée sur plusieurs années.
« Je ne fais pas ça pour me dédouaner de la situation actuelle parce que moi, je n’étais pas là en 2020 ni en 2021. Est-ce que j’aurais agi exactement de la même façon? Peut-être. Je n’en sais rien. À l’époque, je n’étais pas plongé dans le contexte du dossier », a-t-il expliqué.
Jean-François Houle a également souligné qu’il est toujours plus facile, avec le recul, de porter un jugement sur des décisions prises plusieurs années auparavant. Selon lui, les élus qui ont participé aux différentes étapes du projet ont agi en fonction des informations dont ils disposaient à ce moment.
Pour le maire, cette continuité entre les administrations Carrier, Lacoste et la sienne constitue l’un des éléments démontrant que le projet de développement industriel n’est ni improvisé ni motivé par des considérations récentes, mais qu’il découle plutôt d’une planification amorcée il y a plusieurs années.
Selon lui, l’acquisition par N&N Remorques de quelque 3,2 millions de pieds carrés de terrains au printemps 2021 s’est effectuée alors que les intentions municipales concernant le secteur existaient déjà.
Jean-François Houle a également souligné qu’une partie de ces terrains aurait par la suite été revendue à un voisin pour un montant nettement supérieur au prix d’achat initial. « Une société qui se présente comme victime dans cette histoire a tout de même réalisé un profit important sur une transaction immobilière », a-t-il affirmé.
Le maire a ensuite retracé les différentes étapes ayant mené au projet actuel, notamment les avis de réserve publiés en décembre 2021, les études environnementales réalisées sur le territoire, les consultations publiques tenues en 2024 ainsi que l’adoption des modifications réglementaires nécessaires à la poursuite du projet.
Selon lui, les différentes séances d’information et consultations publiques démontrent que la volonté municipale de développer le secteur était connue depuis plusieurs années. « On ne peut pas taxer ce projet d’improvisation », a-t-il déclaré.
Une contestation qui demeure devant les tribunaux
Au cœur du litige se trouve la contestation de l’expropriation de certains terrains appartenant à la famille Montcalm.
La Ville soutient que les terrains visés sont nécessaires à la réalisation globale du projet industriel et à son développement ordonné.
Jean-François Houle a insisté sur le fait que l’usine actuellement exploitée par N&N Remorques n’est pas visée par l’avis d’expropriation.
Selon lui, les superficies recherchées demeurent nécessaires puisqu’il est encore impossible de déterminer avec précision quels secteurs devront être protégés en raison de la présence de milieux humides.
« Nous avons besoin d’un volume important de terrains pour atteindre nos objectifs tout en respectant les exigences environnementales », a-t-il expliqué.
Le maire a également soutenu que l’entreprise pourrait éventuellement acquérir des terrains dans le futur parc industriel selon les règles qui s’appliqueront à tous les promoteurs.
La période de questions qui a suivi la déclaration du maire a rapidement pris la forme d’un échange soutenu sur plusieurs éléments révélés lors du procès.
Une importante partie de la période de questions a porté sur les relations entre la Ville, Drummond économique et l’entreprise Jupiter, dont le projet de développement industriel a été évoqué à plusieurs reprises durant les audiences.
Le maire a été questionné sur les informations entendues au procès concernant la transmission de documents liés aux études environnementales du secteur ainsi que sur certaines modifications apportées à des documents de travail remis à l’entreprise.
Questionné par le journaliste de L’Express présent au point de presse à savoir s’il effectuait un résumé des événements entourant le dossier, le maire a rapidement confirmé que oui
Interrogé à savoir si ces éléments pouvaient donner l’impression que Jupiter avait bénéficié d’un traitement privilégié, Jean-François Houle a rejeté cette interprétation. Selon lui, les projets de Jupiter et de N&N Remorques ne se trouvaient pas au même stade de développement au moment des événements évoqués durant le procès.
Il a soutenu que plusieurs promoteurs se retrouvent à différents niveaux d’avancement dans leurs démarches et que cette réalité peut expliquer certaines différences dans les échanges avec les autorités municipales.
Le dossier des documents manquants
Les questions ont également porté sur la divulgation de documents supplémentaires qui ont été produits au cours du procès à la suite d’interventions du tribunal.
Plusieurs témoins ont été interrogés à ce sujet durant les audiences, certains documents ayant été retrouvés après les premières recherches effectuées par les différents intervenants.
Questionné sur cette situation, Jean-François Houle a rappelé son expérience comme avocat, affirmant avoir été confronté à de nombreuses reprises à des situations semblables.
Selon lui, la découverte tardive de documents ne constitue pas automatiquement une preuve de mauvaise foi ou une tentative de cacher de l’information.
Le maire a expliqué que les recherches documentaires effectuées dans des banques de courriels ou dans des archives administratives peuvent parfois mener à la découverte de nouveaux éléments en cours de route. « La bonne foi se présume », a-t-il répété.
Le spectre du favoritisme
L’une des questions les plus insistantes concernait la possibilité que le tribunal conclue éventuellement à l’existence d’un traitement préférentiel envers certains intervenants du dossier.
Jean-François Houle a refusé de spéculer sur un jugement qui n’a pas encore été rendu. Il a néanmoins indiqué que la Ville analysera attentivement l’ensemble des conclusions du tribunal lorsqu’elles seront connues.
Le maire a également rappelé que les témoignages entendus devant un tribunal représentent parfois seulement une partie des informations disponibles. Selon lui, les témoins peuvent oublier certains détails, commettre des erreurs ou encore se rappeler de certains événements seulement après leur témoignage. « La vérité ne se retrouve pas toujours uniquement dans ce qui est entendu devant le tribunal », a-t-il déclaré.
L’expropriation toujours défendue
Le maire a également été questionné sur la nécessité d’exproprier des terrains appartenant à une entreprise industrielle dans le but de réaliser un autre projet industriel. Jean-François Houle a maintenu la position défendue par la Ville depuis le début du dossier.
Selon lui, le développement du futur parc industriel nécessite une planification globale et un contrôle du territoire afin de permettre un aménagement cohérent du secteur.
Il a également soutenu que l’objectif demeure de favoriser le développement économique à long terme dans l’intérêt collectif de la population. « N&N Remorques défend son intérêt privé. Nous, nous défendons l’intérêt public », a-t-il affirmé.
Cette affirmation résume d’ailleurs l’essentiel du message que le maire souhaitait transmettre au terme de cette rencontre avec les médias : malgré les critiques et les allégations entendues au procès, la Ville demeure convaincue que sa démarche repose sur une vision de développement économique qu’elle juge nécessaire pour l’avenir de Drummondville.
Invité à commenter l’hypothèse selon laquelle certaines actions auraient pu avantager Jupiter dans le développement du secteur, Jean-François Houle a refusé de spéculer.
Il a indiqué que la Ville analysera l’ensemble des faits à sa disposition plutôt que de se limiter à ce qui a été entendu devant le tribunal.
Le maire a d’ailleurs rappelé que le témoignage d’une personne devant la Cour ne représente pas toujours l’ensemble des informations disponibles.
Il a souligné que la pression inhérente à un procès peut parfois affecter la mémoire ou la précision des témoins. « La vérité ne se retrouve pas toujours uniquement dans ce qui est entendu devant le tribunal », a-t-il déclaré.
Questionné sur les conséquences éventuelles si le juge concluait à l’existence d’un traitement préférentiel, Jean-François Houle a refusé d’émettre des hypothèses. « Le tribunal populaire regardera le jugement. Nous, nous allons regarder tous les faits dont nous disposons », a-t-il répondu.
Même si les plaidoiries sont maintenant terminées devant la Cour supérieure, le dossier est loin d’être clos.
La décision du juge est désormais attendue par les parties alors que plusieurs procédures liées aux avis d’expropriation doivent encore suivre leur cours devant d’autres instances.
Au terme de ce point de presse, Jean-François Houle a réitéré que la Ville demeure convaincue de la légitimité de sa démarche et du caractère structurant du futur parc industriel pour le développement économique de Drummondville.
Le point de presse survient alors que le jugement de l’honorable juge Steve J. Reimnitz n’a toujours pas été rendu. Selon les informations obtenues par le Vingt55 au terme du procès qui s’est déroulé cette semaine au palais de justice de Drummondville, la décision pourrait être rendue dans un délai variant de trois à six mois. Une période d’attente et d’incertitudes importante pour l’entreprise N&N Remorques, qui espère conserver ses terrains et poursuivre son projet d’expansion dans le secteur industriel de Drummondville.
Contactés par le Vingt55, les dirigeants de l’entreprise ont confirmé qu’ils prendraient connaissance des déclarations de la Ville et qu’ils y répondront ultérieurement. De son côté, Drummond économique, invité à commenter la situation, a indiqué maintenir sa position, telle qu’exprimée par son président et maire de Drummondville, Jean-François Houle, lors du point de presse.





