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Traite de personnes et proxénétisme à Drummondville : l’un des sept coaccusés Gérald Junior Charles, écope d’une peine de pénitencier

Traite de personnes et proxénétisme à Drummondville : l’un des sept coaccusés Gérald Junior Charles, écope d’une peine de pénitencier
L’un des douze coaccusés, Gérald Junior Charles, a écopé d’une peine de pénitencier @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Le juge Paul Dunnigan a prononcé hier une nouvelle sentence dans le vaste dossier de proxénétisme et de traite de personnes dirigé et orchestrés à partir de Drummondville et dont les ramifications avaient piégé une adolescente dans les filets de ce réseau structuré. Après avoir déjà condamné près de sept coaccusés à diverses peines au cours des derniers mois, le magistrat a rendu la sentence dans le dossier de Gérald Junior Charles.

Le juge Paul Dunnigan a condamné hier après-midi Gérald Junior Charles à une peine de cinq ans de pénitencier, soit la peine minimale prévue par la loi dans cette affaire. Après avoir pris la sentence en délibéré, le magistrat du palais de justice de Drummondville a retenu la recommandation du procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Garneau, qui plaidait pour une peine d’emprisonnement fédéral.

Comme l’a rapporté le Vingt55 tout au long des procédures judiciaires et du procès, l’affaire découle d’une enquête majeure amorcée à la suite de la disparition d’une adolescente en fugue d’un centre jeunesse de Drummondville, entre le 8 et le 16 mars 2022. Selon la preuve présentée en cour, l’adolescente aurait été exploitée par un réseau structuré opérant à partir de Drummondville, de Notre-Dame-du-Bon-Conseil et s’étendant jusqu’au Nouveau-Brunswick.

Retirée de ses contacts, privée de téléphone et de papiers d’identité, la jeune fille a été hébergée dans une résidence à Notre-Dame-du-Bon-Conseil avant d’être déplacée dans un logement Airbnb au Nouveau-Brunswick, où elle a été exploitée, souvent privée de nourriture, mais approvisionnée en alcool et cannabis. La barrière linguistique et l’isolement ont accentué sa vulnérabilité. Elle a par la suite été transférée dans un motel, où les revenus de son exploitation étaient collectés par ses proxénètes.

L’honorable juge Paul Dunnigan avait d’ailleurs, comme le rappelait le Vingt55 en juin dernier, souligné la crédibilité du témoignage de la victime, corroborée par celui d’un policier de la GRC du Nouveau-Brunswick. Le témoignage du policier avait semé un doute dans l’esprit du magistrat quant à l’implication de Benjamin Chavannes, présent lors des événements a été acquitté. Toutefois, sa version des faits avait contribué à renforcer la preuve contre Gérald Junior Charles, impliqué dans le réseau mis au jour par le travail des policiers et qui a permis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de traiter efficacement le dossier.

L’accusé s’est également vu imposer plusieurs interdictions, il lui sera défendu de communiquer avec la victime durant sa détention, il devra fournir un échantillon d’ADN, il lui sera interdit de posséder des armes à feu ou des armes prohibées, et il sera inscrit au registre des délinquants sexuels pour une période de 20 ans.

De son côté, le procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Garneau, a exprimé en entrevue au Vingt55 sa satisfaction à l’égard du verdict rendu contre l’accusé Gérald Junior Charles.

Il a rappelé qu’une sentence d’emprisonnement fédéral était, bien sûr, soutenue par la Couronne afin d’envoyer un message clair et suivi, alors que la traite de personnes et proxénétisme demeure un fléau. Le tout, a-t-il précisé, en respectant les principes d’individualisation des peines et les objectifs de dissuasion souhaités par le procureur de la Couronne, tels que le prévoit le législateur en semblable matière.

La victime a assisté à l’audience à distance. Elle s’est dite satisfaite qu’une autre étape du processus judiciaire soit franchie, Elle a souligné avoir été soulagée d’être crue par le tribunal. Malgré les conséquences négatives importantes qu’elle continue de vivre, elle a affirmé avoir repris en main sa vie personnelle.

Gérald Junior Charles sera inscrit au registre des délinquants sexuels pour une période de 20 ans. Il lui est également interdit de communiquer avec la victime durant sa détention. À cela s’ajoutent l’obligation de fournir un échantillon d’ADN ainsi qu’une interdiction de posséder des armes à feu ou des armes prohibées.

Gérald Junior Charles a manifesté son intention de porter le verdict en appel.

L’appel de la décision n’est pas encore fixé. En attendant, l’accusé demeure en détention, le temps de faire avancer cette demande. Il pourrait toutefois obtenir sa remise en liberté sous peu, dans l’attente des procédures judiciaires. Gérald Junior Charles devra alors respecter des mesures strictes et des conditions importantes de remise en liberté imposées par le tribunal.

Le procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Garneau, s’est dit satisfait de la sentence imposée @ Crédit photo Éric Beaupré / Vingt55 – Tous droits réservés.

Une affaire aux multiples ramifications, comme l’a rappelé le procureur de la Couronne, Me Jean-Philippe Garneau, lors du procès auquel a assisté le Vingt55.

Le dossier implique sept individus, Kimberly Champagne et Célestin Garrentz, de Notre-Dame-du-Bon-Conseil ; Jimson Pierre, de Repentigny ; Sébastien Thibault, de Sorel-Tracy ; Vicky Bélanger, de Sainte-Thérèse ; ainsi que les deux derniers coaccusés, Benjamin Chavannes et Gérald Junior Charles, de Laval.

Les coaccusés font face à diverses accusations, notamment de traite de personnes, de proxénétisme, de prostitution et, dans certains cas, de fraude. Certains ont été arrêtés lors d’une intervention policière à Joliette, tandis que d’autres ont été appréhendés en vertu de mandats émis subséquemment.

Procès à haute surveillance et témoignage marquant de la victime

Un procès de cinq jours s’est tenu en novembre 2024 sous haute sécurité au palais de justice de Drummondville, en présence d’un nombre important de constables spéciaux, compte tenu du nombre d’accusés et des risques de débordements.

La jeune victime a livré un témoignage bouleversant, décrivant la peur, l’isolement, la violence et le contrôle exercé sur elle. Elle a raconté avoir cru qu’elle ne reverrait jamais sa liberté, au moment où ses exploiteurs parlaient de la déplacer vers une autre région.

Des photos de la jeune fille blessée ont été retrouvées sur des sites de rencontres, révélant les sévices subis. Les éléments de preuve présentés par la Couronne incluent également des communications interceptées, des témoins et des documents montrant l’implication active des différents accusés.

Comme le rappelait le Vingt55 lors du procès, Sébastien Thibault a été condamné en mars 2025 à huit mois d’emprisonnement, dont 46 jours de détention préventive ont été soustraits, et à trois ans de probation. Il a admis avoir transporté la jeune fille, tout en affirmant qu’il ignorait la nature réelle des activités, croyant s’impliquer dans un réseau de fraude plutôt que dans un réseau de prostitution.

Célestin Garrentz a écopé de 7 mois de détention avec probation, après avoir plaidé coupable, Vicky Bélanger, arrêtée après l’émission d’un mandat, a été condamnée à 5 mois de détentionLa drummondvilloise Kimberly Champagne a reconnu sa culpabilité à un chef réduit de tentative de proxénétisme et doit revenir en cour, Jimson Pierre a lui aussi plaidé coupable et attend sa prochaine comparution.

Éric Beaupré
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