[jpshare]

Itinérance : un financement insuffisant et inéquitable, le Centre-du-Québec interpelle la ministre Chantal Rouleau

Itinérance : un financement insuffisant et inéquitable, le Centre-du-Québec interpelle la ministre Chantal Rouleau
Itinérance, le Centre-du-Québec dénonce un traitement inéquitable au profit de Montréal @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

DRUMMONDVILLE

Alors que l’itinérance continue de prendre de l’ampleur à Drummondville et dans la région, la Table des MRC du Centre-du-Québec et le Comité régional en développement social (CRDS) dénoncent vivement le montant accordé par le gouvernement du Québec dans le cadre de la nouvelle enveloppe destinée à lutter contre l’itinérance. Les deux organisations estiment que les besoins du territoire ont une fois de plus été sous-évalués.

L’itinérance continue de prendre de l’ampleur à Drummondville et dans la région @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Comme le Vingt55 l’a rapporté à de nombreuses reprises au cours des derniers mois, l’itinérance a pris une ampleur importante à Drummondville et dans l’ensemble du Centre-du-Québec. La multiplication des campements, la pression grandissante sur les organismes communautaires, l’augmentation des interventions des services d’urgence ainsi que les enjeux de cohabitation témoignent d’une réalité qui ne cesse de s’accentuer.

Selon les données du plus récent dénombrement du ministère de la Santé et des Services sociaux, 526 personnes étaient en situation d’itinérance dans la région de la Mauricie–Centre-du-Québec lors de la nuit du 15 avril 2025, soit une augmentation de 27,3 % comparativement à 2022. En trois ans, ce sont 105 personnes de plus qui vivent désormais sans domicile.

Malgré cette progression préoccupante, le gouvernement a réservé seulement 249 000 $ au Centre-du-Québec, alors que les partenaires régionaux avaient déposé une demande totalisant 627 461 $ afin de financer différentes mesures de prévention, d’intervention et d’accompagnement.

La présidente de la Table des MRC du Centre-du-Québec, Nathacha Tessier, se dit profondément déçue de cette décision.

« Les organismes communautaires sont surchargés et, malgré cela, ils se sont concertés pour répondre à la demande du ministère, espérant pouvoir bonifier les services offerts et répondre à des besoins non comblés. Préparer un tel dossier demande du temps… ce que les organismes n’ont pas, pour finalement se faire dire qu’il n’y a pas assez d’argent pour financer toutes les actions proposées », affirme-t-elle.

Elle remet également en question le choix du gouvernement d’attribuer une part importante de la nouvelle enveloppe à Montréal.

« Nous sommes en désaccord avec l’octroi d’une somme de 5 millions de dollars à Montréal au détriment des régions. Nous exigeons des explications de la part de la ministre », ajoute Mme Tessier.

De son côté, la directrice générale du CRDS et coordonnatrice de l’Alliance centricoise, Janick Tessier, déplore que les règles d’évaluation aient changé après le dépôt des demandes.

« Nous avons répondu à la demande du ministère dans le délai prescrit en respectant les critères établis. C’est un manque de respect de changer les indicateurs d’évaluation sans nous avertir pour justifier l’octroi d’un montant moindre. Le manque de ressources pour faire face à l’itinérance épuise les organismes, fragilise encore plus la situation des personnes sans toit, empêche de venir en aide aux personnes en situation d’itinérance cachée et nuit à la cohabitation », soutient-elle.

Au cours des derniers mois, le Vingt55 a documenté à plusieurs reprises l’évolution rapide de la situation de l’itinérance à Drummondville, notamment la croissance du campement installé derrière le Centre Georges-Frédéric-Heriot, les inondations qui ont forcé l’évacuation de plusieurs occupants à la suite de la hausse du niveau de la rivière Saint-François, ainsi que les défis grandissants auxquels sont confrontés les organismes communautaires et les services municipaux.

Aujourd’hui, plusieurs personnes continuent de vivre dans ce campement toléré par la Ville, malgré des conditions d’insalubrité préoccupantes. Elles dorment au milieu de débris, de détritus et d’excréments qui ont contaminé le sol après les inondations. Une situation qui soulève de nombreuses préoccupations chez les différents intervenants. De son côté, le CIUSSS Mauricie–Centre-du-Québec indique suivre de près l’évolution du dossier, tout en précisant que la gestion du site et les décisions entourant ce campement relèvent de la Ville de Drummondville.

En effet, comme la constaté le Vingt55 à Drummondville, les organismes communautaires constatent chaque jour les conséquences d’un sous-financement chronique.

Comme l’a largement rapporté le Vingt55 au cours des derniers mois, l’itinérance a pris une ampleur sans précédent dans la région, alimentée par la pauvreté grandissante, la précarité financière, la crise du logement et la détresse sociale. Cette réalité exerce une pression énorme sur les organismes qui peinent à répondre à une demande toujours croissante.

Le Comptoir alimentaire Drummond se retrouve notamment devant un défi majeur. En plus d’une fréquentation record, l’organisme doit composer avec des locaux devenus inadéquats. Selon les informations obtenues par le Vingt55, un investissement de près de 10 millions de dollars sera nécessaire pour concrétiser son projet de relocalisation et répondre aux besoins grandissants de la population.

La situation est tout aussi préoccupante pour L’Ensoleilvent. L’organisme est à la recherche de nouveaux locaux afin d’offrir, à long terme, des services mieux adaptés au nombre grandissant de personnes en situation d’itinérance, de vulnérabilité ou de détresse. Selon les informations obtenues par le Vingt55, ce projet de relocalisation nécessiterait lui aussi un investissement de près de 10 millions de dollars afin de répondre adéquatement aux besoins actuels et futurs de la population.

Comme l’a rappelé son directeur général, François Gosselin, en entrevue au Vingt55, les besoins sont criants et la situation est loin de s’améliorer. Sans un financement adéquat, il devient extrêmement difficile d’offrir les ressources nécessaires pour accompagner efficacement ces personnes. Le même constat est partagé par La Piaule, qui fait elle aussi face à une hausse constante des besoins.

Tous ces organismes sonnent l’alarme, sans investissements supplémentaires, il sera de plus en plus difficile de soutenir les personnes les plus vulnérables de notre communauté. Derrière ces statistiques se trouvent des hommes et des femmes confrontés à l’isolement, à la pauvreté, à des problèmes de santé mentale, aux dépendances et à une grande précarité, qui nécessitent un accompagnement humain et des ressources à la hauteur des défis auxquels ils sont confrontés.

La Table des MRC du Centre-du-Québec et le CRDS demandent maintenant à la ministre responsable de la Solidarité sociale et de l’Action communautaire de fournir des explications sur ce qu’ils qualifient d’inégalité entre Montréal et les régions, tout en réclamant un financement mieux adapté à la réalité grandissante de l’itinérance au Centre-du-Québec.

L’itinérance continue de prendre de l’ampleur à Drummondville et dans la région @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.

Éric Beaupré
PHOTOREPORTER
PROFILE

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

Les derniers articles

Faits divers

Suivez-nous sur les réseaux sociaux:

facebookyoutube-icon