DRUMMONDVILLE
Le Vieux St-Charles disparaît, une autre institution disparaît à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Une autre institution du paysage du côté de Saint-Charles à Drummondville disparaît, après la démolition complète du Domaine des Pères montfortains. Comme le rappelle le Vingt55 au cours des derniers jours, c’est au tour, cette fois, d’une institution familiale de s’effacer, le Vieux St-Charles est tombé sous les coups de pelle mécanique ce matin, à l’intersection du boulevard Foucault et de la route 122.
Dès les premières heures de la journée, une foule discrète, mais attentive, s’est formée à proximité du site. Certains étaient là par curiosité, d’autres par attachement. Tous avaient en commun le sentiment d’assister à la disparition d’un lieu qui, pour plusieurs, faisait partie de leur histoire personnelle.
Comme l’a constaté le Vingt55 sur place, la pelle mécanique de l’entreprise Yvon Benoit Excavation s’est mise en action méthodiquement, abattant tour à tour les murs de la bâtisse. À chaque coup, c’est un peu du passé qui s’effondrait, sous le regard silencieux des citoyens venus dire adieu à ce repère du quartier.
Rapidement, les souvenirs ont refait surface.
En entrevue avec le Vingt55, Raymond Côté, 67 ans, résident du secteur, a partagé ses souvenirs avec émotion, les yeux fixés sur ce qui restait du bâtiment. « Je me souviens, quand j’allais à l’école en ville, ici, c’était un champ. Ils ont déménagé la maison pour en faire un restaurant. Gilles Lacroix avait fait quelque chose de beau, il y avait de belles veillées. Je suis souvent sorti d’ici les pieds ronds… ou les bottines attachées ensemble, comme on le disait, on s’accrochait les pieds ici. Aujourd’hui, on voit une part de l’histoire partir. »
Aujourd’hui, constate-t-il, il ne reste qu’une cicatrice imposante et un vide immense, à l’endroit même où se dressait le restaurant. « Nous espérons qu’une partie de l’histoire restera, au-delà de nos souvenirs », a-t-il confié, alors que la pelle mécanique poursuivait son travail et que les murs tombaient sous le regard de plusieurs dizaines de personnes venues assister à la disparition d’un pan de l’histoire de Drummondville.
Une citoyenne du secteur, venue assister à la démolition en compagnie de sa fille, a elle aussi pris une pause pour se remémorer les nombreux moments vécus sur place. « C’était notre lieu de rencontre. On y a vécu nos fêtes de famille, des événements marquants, c’est ici aussi qu’on a célébré le mariage de ma fille. » Elle souligne que le lieu a traversé les générations.
« Depuis quelques années, ma fille y venait aussi pour s’amuser ou souper avec sa famille à son tour. Les soirées karaoké n’avaient pas leur pareil. C’était des soirées festives, d’excellents souvenirs, comme nos soupers familiaux d’autrefois. » « C’est toute une page d’histoire qui tombe et qui disparaît aujourd’hui. »
Parmi les témoins présents, Luc Pinard, qui a travaillé dans le commerce, assistait lui aussi à la démolition avec une émotion palpable.
« J’ai travaillé ici, j’en ai vu des soirées. C’était un restaurant familial, un bar où il se passait toujours quelque chose. Personne ne peut rester indifférent à ça », a-t-il confié au Vingt55. Il rappelle le rôle central du lieu dans la vie du quartier. « Il y avait du karaoké, des chansons, de l’ambiance… ça faisait vivre le quartier. C’est triste de perdre une autre institution comme celle-là. »
Luc Pinard reconnaît toutefois le contexte actuel. « Drummondville n’est plus ce que c’était. Dans le contexte actuel, l’homme d’affaires a probablement pris une bonne décision. On perd un beau pan d’histoire et de vie. Comme une enseigne, comme un symbole… il y avait beaucoup d’histoires ici. » Les yeux rivés sur le bâtiment qui s’effondrait, il conclut : « C’est dur à voir partir. »
Le Vieux St-Charles disparaît, une autre institution disparaît à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Une institution marquée par l’innovation
En 2020, alors que la pandémie frappe de plein fouet l’industrie de la restauration, Laurent Proulx refuse de baisser les bras. Comme l’avait constaté le Vingt55 en pleine première vague, il relance un concept presque disparu : le « drive-in ».
Une idée audacieuse, directement inspirée des années 1950, mais adaptée à la réalité sanitaire du moment.
Des cabarets spécialement conçus étaient accrochés aux portières des voitures, permettant aux clients de manger sans quitter leur véhicule. Derrière cette innovation, une collaboration rapide avec un entrepreneur local avait permis de concevoir un système adapté aux voitures modernes en à peine 48 heures.
Sur place, les clients pouvaient syntoniser une fréquence radio dédiée, le 88,5 FM, diffusant de la musique rétro, notamment Elvis Presley, recréant une ambiance digne des grands « drive-in » d’époque. Une immersion complète qui transformait un simple repas en véritable expérience.
« Ça fait du bien, ça nous donne une belle histoire à raconter », confiaient à l’époque des clients rencontrés par le Vingt55, soulignant le caractère unique de l’initiative.
Cette capacité à innover aura permis au Vieux St-Charles de traverser une période particulièrement difficile pour les restaurateurs, tout en renforçant son lien avec la clientèle.
Une transition déjà amorcée
La démolition du bâtiment ne marque l’aboutissement d’une transition amorcée depuis plusieurs mois.
En janvier 2026, le Vingt55 rapportait que Léonie Nadeau entreprenait un virage entrepreneurial en lançant Les Complices à Table, dans les anciens locaux du Restaurant Chez Mallet, sur le boulevard Mercure.
Ce projet visait à assurer une continuité, tant pour les employés que pour la clientèle, en conservant l’esprit du Vieux St-Charles tout en amorçant un nouveau chapitre. La fermeture officielle de l’établissement du boulevard Foucault était alors déjà annoncée, notamment en raison de l’état du bâtiment.
Au-delà des souvenirs et de l’émotion, l’histoire récente du site s’inscrit également dans un contexte plus large, marqué par des enjeux de développement et de zonage. En novembre 2025, Laurent Proulx avait d’ailleurs dénoncé publiquement un climat qu’il jugeait difficile pour faire des affaires à Drummondville, évoquant des interventions et des décisions entourant l’avenir du terrain situé au 800, boulevard Foucault.
Une page se tourne aujourd’hui, le constat est sans appel, le Vieux St-Charles n’est plus.
À l’intersection du boulevard Foucault et de la route 122, le paysage est désormais transformé de façon définitive. Là où se dressait un lieu chargé d’histoire, il ne reste que des souvenirs… et un terrain prêt à accueillir une nouvelle vocation.
Mais pour ceux qui étaient présents ce matin, une chose est certaine : même sous les décombres, le Vieux St-Charles continuera de vivre dans la mémoire collective. Une page se tourne.

Le Vieux St-Charles disparaît, une autre institution disparaît à Drummondville @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.













































