DRUMMONDVILLE
L’inquiétude grandit chez les employés de Micro Bird. Alors que la coentreprise, jusqu’ici détenue conjointement avec le groupe québécois Girardin avant sa transition complète vers le constructeur américain Blue Bird, devait maintenir la majorité de ses emplois selon les engagements annoncés le 17 février dernier, des suppressions de postes estimées à environ 70 depuis janvier, dont près de 40 au cours des derniers jours selon des informations transmises au Vingt55, soulèvent des préoccupations quant à l’avenir de l’un des plus importants fleurons industriels de Drummondville.

Pertes d’emplois chez Micro Bird, annonce de 40 nouvelles coupures de postes @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.
Le 17 février dernier, comme le rapportait le Vingt55, le Groupe Girardin de Drummondville annonçait la vente complète de sa participation dans Micro Bird au géant américain Blue Bird Corporation, qui devient ainsi l’unique propriétaire de l’usine de fabrication d’autobus de Drummondville.
Déjà copropriété entre Girardin et Blue Bird à parts égales, l’entreprise passe donc entièrement sous contrôle américain dans le cadre d’une transaction évaluée à près de 200 millions de dollars, dont environ 70 % en actions ordinaires de Blue Bird.
Malgré cette vente, Girardin maintient ses activités au Québec à titre de distributeur. Selon les informations alors obtenues, les emplois de l’usine de Drummondville n’étaient pas menacés. Les dirigeants américains affirmaient faire pleinement confiance à l’expertise des travailleurs québécois et confirmaient leur volonté de maintenir les opérations locales.
Steve Girardin, président de Micro Bird et vice-président du Groupe Girardin, avait alors déclaré : « Je suis convaincu que Micro Bird continuera de prospérer sous l’égide exclusive de Blue Bird, ce qui représente une transition naturelle et stratégique. »
Une vague de coupures vient semer l’inquiétude chez les employés de l’entreprise qui longe l’autoroute 20.
Cependant, depuis cette annonce, plusieurs travailleurs de Drummondville disent vivre une inquiétude grandissante face à l’avenir. Les compressions de postes, les réorganisations internes et les annonces successives de pertes d’emplois alimentent désormais les préoccupations au sein de l’usine.
Selon les informations obtenues par le Vingt55 le 30 avril dernier, chez Micro Bird, on annonçait la suppression d’environ 40 postes supplémentaires. Ceux-ci s’ajoutent aux coupures d’une trentaine de personnes à la fin janvier.
En effet, après une première vague de suppressions de postes plus tôt cette année, comme l’apprenait le Vingt55, soit une trentaine de postes en janvier dernier selon les travailleurs qui ont contacté le Vingt55, plusieurs employés craignent maintenant que la situation se détériore davantage. Pour plusieurs, la vente de 2026 marque un tournant important et soulève des interrogations bien réelles sur la stabilité des emplois et l’avenir de l’usine de Drummondville.
Selon les informations obtenues par le Vingt55, l’entreprise aurait alors mentionné que cette situation était liée aux tarifs et au fait que le carnet de commandes ne se remplissait pas en raison des conditions économiques. L’entreprise aurait alors commencé à congédier ceux qui étaient à contrat ainsi que certains travailleurs étrangers.
Une situation qui laisse perplexes plusieurs employés ayant contacté le Vingt55, et qui précisent que, selon eux, les commandes avaient pourtant augmenté dans la dernière année.
« Il y a un an, c’était 16 autobus par jour, puis à l’automne, la cadence a augmenté à 18 par jour en disant que l’objectif à court terme était de 22 », rapportent des employés de la chaîne de montage.
Puis, il y a deux semaines, l’annonce des coupures de postes est tombée. Selon eux, celles-ci se feront progressivement d’ici septembre. Les lettres auraient déjà été remises aux employés concernés pour les mises à pied.
Les premiers touchés seraient les employés non syndiqués ainsi que les syndiqués n’ayant pas de poste permanent, en raison d’une cadence qui aurait été ramenée à 16 autobus par jour.
Selon les employés touchés, la situation affecte bon nombre de travailleurs syndiqués temporaires ou sans contrat stable. « Pour nous, la direction et les ressources humaines font vraiment tout pour se montrer rassurantes. Cependant, nous sommes à même de constater que les engagements de l’entreprise américaine semblent changer en ce qui concerne le maintien des emplois depuis l’annonce du 17 février dernier. »
« La vente de Micro Bird, puis la nouvelle compagnie qui a ouvert à Plattsburgh, n’a probablement pas aidé la situation », avancent certains travailleurs, alors que le géant américain affirmait pourtant vouloir conserver les emplois générés par l’entreprise drummondvilloise, tout en conservant l’expertise et l’expérience de chacun.
Contactée par le Vingt55 à la suite des inquiétudes soulevées par des employés, la direction et le Service des communications de Micro Bird ont rapidement réagi, rappelant que l’entreprise demeure pleinement engagée dans ses investissements et continue de jouer un rôle important à Drummondville, où elle emploie plus de 675 personnes.
« Nous sommes fiers de l’engagement et de la performance de nos équipes, qui contribuent chaque jour à notre succès », a expliqué Mme Lauryanne Allie, confirmant ainsi les informations obtenues par le Vingt55.
En effet, le 30 avril dernier, l’entreprise a annoncé à ses employés une diminution de cadence qualifiée de mineure et temporaire. La direction précise que cette décision découle des conditions actuelles du marché ainsi que d’une volonté d’assurer une saine gestion des coûts opérationnels.
« En ajustant notre capacité de production, ceci a engendré l’abolition temporaire de 40 postes. Toutefois, l’impact réel devrait se traduire par une dizaine de mises à pied temporaires à compter de septembre prochain », a confirmé Mme Allie. « Évidemment, tous nos efforts sont déployés afin de minimiser davantage l’impact sur nos salariés », a-t-elle précisé.
Malgré cette situation, Micro Bird affirme être en voie de connaître une année record en matière de production et de ventes. L’entreprise rappelle que, depuis 2022, elle a enregistré une croissance de plus de 40 %, portée notamment par le succès de ses autobus scolaires et commerciaux, tant à essence qu’électriques, sur le marché nord-américain.
« Nous demeurons engagés à assurer la transparence de nos communications, tant avec nos employés qu’avec les médias face à la situation actuelle, et à soutenir nos équipes dans cette période d’adaptation », a ajouté la direction de l’entreprise.
Fondée en 1966 par la famille Girardin, un fleuron et une entreprise phare de Drummondville, l’entreprise avait d’abord débuté dans la conversion et l’aménagement de fourgonnettes avant de devenir l’un des plus importants fabricants d’autobus scolaires. En 2020, les installations de Drummondville avaient été agrandies, puis en 2021, Micro Bird procédait à l’acquisition d’Ecotuned, avant la vente complète récente de ses actions à Blue Bird.
Ces pertes d’emplois s’ajoutent à celles déjà annoncées par le Vingt55 chez Venmar, Carrousel, Olymel et McKesson, ainsi qu’à la situation qui préoccupe maintenant les employés de l’entreprise familiale N&N Remorques, dans le parc industriel de Drummondville. Plusieurs entreprises du secteur industriel sont actuellement touchées à Drummondville par cette vague de réorganisations, d’incertitude économique et, dans certains dossiers, par des décisions municipales qui soulèvent des inquiétudes.

Pertes d’emplois chez Micro Bird, annonce de 40 nouvelles coupures de postes @ Crédit photo Eric Beaupré / Vingt55 Tous droits réservés.






