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Repreneuriat : le transfert d’entreprises atteint un sommet historique

Repreneuriat : le transfert d’entreprises atteint un sommet historique

DRUMMONDVILLE

Le Québec traverse une période charnière pour son patrimoine entrepreneurial. Le nombre de transferts d’entreprises a bondi de 38,1 % entre 2015 et 2023, alors que près de 12 000 PME ont changé de mains en 2023 seulement. Une nouvelle étude de Repreneuriat Québec montre également que les entreprises reprises affichent, en moyenne, une productivité supérieure à celles qui demeurent entre les mains de leur propriétaire d’origine. Le Centre-du-Québec n’échappe pas à cette tendance.

Le transfert d’entreprises prend une ampleur sans précédent au Québec. Selon la 3e édition de l’Étude nationale du repreneuriat et des transferts d’entreprise au Québec, dévoilée par Repreneuriat Québec en collaboration avec Desjardins, 11 755 PME ont été transférées en 2023, soit une hausse de 9,7 % en un an et un sommet depuis le début des mesures. Le taux de transfert s’est établi à 6 %.

Entre 2015 et 2023, le nombre annuel de transferts a ainsi progressé de 38,1 %. L’impact économique est lui aussi en croissance : les entreprises transférées en 2023 représentaient plus de 194 000 emplois, plus de 60 milliards de dollars en actifs et près de 62 milliards de dollars en revenus.

Cette tendance devrait se poursuivre. Repreneuriat Québec estime que 38 000 entreprises devront être transférées entre 2026 et la fin de 2028. Au premier trimestre de 2026 seulement, près de 16 000 entreprises privées québécoises déclaraient vouloir vendre ou transférer leurs activités dans les 12 mois suivants.

Des entreprises reprises plus productives

L’étude apporte également un constat nouveau sur la performance des entreprises ayant changé de propriétaire.

Entre 2015 et 2023, les PME transférées ont affiché une productivité 11,1 % plus élevée en moyenne que les entreprises ayant conservé le même propriétaire-dirigeant. En 2023, l’écart atteignait 13,3 %.

Selon Repreneuriat Québec, cette différence de productivité aurait généré 7,7 milliards de dollars de revenus supplémentaires pour l’économie québécoise en 2023, soit environ 39 751 $ de revenus additionnels par employé dans les entreprises reprises.

« Nous avons un formidable levier à portée de main. Le développement de notre productivité, de l’innovation et de notre richesse passe par le transfert de nos actifs performants et sur le second souffle qu’apporte la relève d’ici », soutient Alexandre Ollive, président-directeur général de Repreneuriat Québec.

L’innovation figure également parmi les éléments qui distinguent les entreprises transférées. Selon l’étude, le nombre d’entreprises reprises investissant en recherche et développement a augmenté de 16,3 % depuis 2015, alors que ce nombre a diminué de 23,3 % pour l’ensemble des entreprises québécoises.

« Non seulement elles sont plus productives, mais le nombre d’entreprises transférées investissant en recherche et développement a augmenté de 16,3 % depuis 2015, alors que ce nombre s’est résorbé de 23,3 % pour l’ensemble des entreprises du Québec », indique Alexandre Ollive.

Le manufacturier particulièrement touché

Certains secteurs affichent un taux de transfert nettement supérieur à la moyenne.

En 2023, le secteur manufacturier arrivait au premier rang avec un taux de transfert de 9 %, suivi de l’hébergement et de la restauration à 8,8 %, puis du commerce de gros et de détail à 7,2 %.

La taille des entreprises influence également fortement la probabilité d’un transfert. Le taux était de 4,1 % pour les entreprises comptant de un à quatre employés, de 8,3 % pour celles de 5 à 19 employés, de 11,3 % pour celles de 20 à 49 employés et atteignait 14,2 % dans les entreprises de 100 à 499 employés.

Malgré cela, près de 80 % des transactions réalisées en 2023 concernaient des entreprises comptant de 1 à 19 employés.

Pour Marc Duhamel, directeur scientifique de l’Observatoire de Repreneuriat Québec et professeur au département de finance et économie de l’UQTR, cette réalité impose de demeurer attentif à la situation des petites entreprises.

« Il est toujours nécessaire d’assurer une veille sur les frictions probables pouvant affecter l’adéquation entre les besoins et les ressources disponibles aux plus petites entreprises et dans les écosystèmes régionaux. Il ne faut pas non plus négliger le soutien au démarrage d’entreprise qui contribue ultimement à la revitalisation de l’écosystème entrepreneurial », affirme-t-il.

Une tendance qui touche également Drummondville

Drummondville n’échappe pas à cette tendance, alors que plusieurs entreprises de la région sont elles aussi confrontées à l’enjeu de la relève et du transfert de propriété. Comme le constate le Vingt55, le repreneuriat occupe d’ailleurs une place dans l’offre de services destinée aux entrepreneurs locaux. Drummond Économique propose notamment un volet d’accompagnement consacré au repreneuriat et au transfert d’entreprise, une avenue qui permet de reprendre une organisation déjà établie et de bénéficier d’une clientèle, de processus, d’une réputation ainsi que d’un réseau de clients, de partenaires et de fournisseurs déjà en place.

Selon les données obtenues par le Vingt55, à Drummondville comme à Victoriaville, l’enjeu de la relève entrepreneuriale est bien présent, même si les plus récentes données de Repreneuriat Québec ne permettent pas d’établir un nombre précis de transferts pour chacune des deux villes. Le phénomène devrait néanmoins continuer de prendre de l’ampleur dans les prochaines années : au premier trimestre de 2026, près de 16 000 entreprises québécoises envisageaient une vente ou un transfert dans les 12 mois suivants. Une réalité particulièrement importante pour le Centre-du-Québec, où les PME occupent une place importante dans le tissu économique régional.

À Victoriaville, le service Destination Entreprise offre un accompagnement complet pour le repreneuriat et le transfert d’entreprise. Que vous vouliez vendre ou acheter une entreprise, l’équipe locale aide à planifier chaque étape de la transition pour assurer la survie et la force des PME de la région

Près de six propriétaires sur dix sans plan de relève

Malgré le nombre élevé de transactions, l’étude relève également un enjeu majeur : près de six propriétaires-dirigeants sur dix n’auraient toujours pas de plan de relève.

Cette situation survient alors que la proportion de propriétaires âgés de 55 ans et plus continue d’augmenter.

Le profil des repreneurs se transforme lui aussi. Les personnes âgées de 29 ans et moins ne représentaient plus que 4,5 % des reprises en 2023, leur plus faible proportion depuis 2015.

Les repreneurs âgés de 30 à 54 ans représentaient 57 % du total, tandis que 38,5 % avaient 55 ans ou plus.

Pour Alexandre Ollive, le défi sera notamment de convaincre les propriétaires de préparer leur succession suffisamment tôt.

« La relève est bien présente au Québec. Elle est éduquée, plus exigeante et avide de véhicules de croissance. […] La vraie question, c’est de savoir s’ils sauront faire preuve de leadership et se préparer à temps pour se démarquer auprès des repreneurs qui s’intéresseront à leur entreprise », prévient-il.

Marc Duhamel estime pour sa part que le faible nombre de jeunes repreneurs pourrait priver certaines PME d’un potentiel important de transformation numérique et technologique. Il évoque notamment la nécessité de développer des produits de financement davantage adaptés aux jeunes acheteurs, particulièrement dans un contexte d’adoption rapide de technologies comme l’intelligence artificielle.

Une meilleure survie que les entreprises nouvellement créées

Le transfert pourrait également représenter un outil de pérennité pour les entreprises existantes.

Selon les données de Repreneuriat Québec, 73 % des entreprises transférées sont toujours actives sept ans après la transaction, comparativement à 49 % des entreprises créées à partir de zéro.

Les données précédentes de l’Observatoire avaient déjà démontré cette tendance : après cinq ans, environ 80 % des PME transférées demeuraient actives, comparativement à 57 % des entreprises nouvellement créées.

Un transfert de richesse appelé à s’accélérer

Le phénomène dépasse donc la simple vente d’une entreprise entre deux entrepreneurs. Il touche directement les emplois, le maintien des sièges sociaux, le savoir-faire régional et la propriété d’actifs québécois.

Le gouvernement du Québec a d’ailleurs annoncé en juin 500 millions de dollars pour soutenir différents projets de relève et de transfert d’entreprises, alors que près de 16 000 dirigeants déclaraient vouloir vendre ou transférer leurs actifs en 2026.

Avec 38 000 transferts anticipés d’ici la fin de 2028, la préparation des propriétaires, l’accès au financement et la capacité d’attirer une nouvelle génération de repreneurs devraient ainsi devenir des enjeux économiques de plus en plus importants au cours des prochaines années.

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Éric Beaupré
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